Sortir de l'isolement
Par Andrée Buchmann, mardi 24 février 2009 à 22:58 :: Les Verts :: #109 :: rss
Texte signé avec d'autres Verts ayant siégé au Collège exécutif des Verts.
Pour la troisième fois consécutive, les Verts refusent de signer un appel de l'ensemble des gauches.
La première fois, c'était lors de la grève intersyndicale et interprofessionnelle du 29 janvier 2008. La deuxième fois, c'était plus un appel sur la méthode de discussion au sein de la gauche et la troisième fois, c'était pour la rencontre du 18 février entre les syndicats et Sarkozy.
Le cadre et les modalités de la discussion peuvent être discuté comme le collège exécutif précédent l’avait notifié dans un courrier aux partis de Gauche. Mais la discussion sur la méthode d’une construction majoritaire ne s’oppose pas dans la situation politique actuelle au développement de convergences face à la crise.
Alors que la crise sociale, économique, écologique, s'accentue, les Verts nationaux se replient sur un front écologiste à contre-courant des mouvements unitaires en cours.
Le premier de ces mouvements unitaires est celui de la Guadeloupe à travers le collectifs LKP regroupant forces syndicales associatives et partidaires, y compris Les Verts Guadeloupe. Ce n'est pas le fruit du hasard mais une nécessité politique compte tenu de l'état de dégradation sociale, démocratique et écologique des DOM.
Le second, c'est le front syndicale qui s'est constitué pour la journée du 29 janvier et qui se poursuit pour celle du 19 mars. C'est une nouveauté car c'est la première fois que nous avons un appel unitaire intersyndical et interprofessionnel depuis la création de syndicats non issus de la résistance et considérés comme représentatif par la loi comme l'UNSA, la FSU et Solidaires. D'ailleurs, le gouvernement ne les a pas encore invités pour la négociation du 18 février.
Le troisième, c'est le front de l'appel des appels qui réunit des personnes de différentes professions épuisé du mouvement de casse en cours : « Au nom d’une idéologie de "l’homme économique", le Pouvoir défait et recompose nos métiers et nos missions en exposant toujours plus les professionnels et les usagers aux lois "naturelles" du Marché. Cette idéologie s’est révélée catastrophique dans le milieu même des affaires dont elle est issue.
Nous, professionnels du soin, du travail social, de l’éducation, de la justice, de l’information et de la culture, refusons qu’une telle idéologie mette maintenant en "faillite" le soin, le travail social, l’éducation, la justice, l’information et la culture. »
Un front politique dans ce contexte apparaît une nécessité face à la crise et surtout à l'incompétence du gouvernement Sarkozy/Fillon qui atteint un tel niveau que même les cadres de l'UMP et une partie du patronnat s'en inquiètent. Ce front est d'une nature nouvelle tant au niveau des signataires que des présents, d'Alternative libertaire au PRG. Il ne manque que les Verts, ni présents, ni signataires.
La crise est bien réelle. Elle commence à produire ses premiers effets dans la société, augmentation du nombre de chômeurs, baisse du pouvoir d'achat pour les classes les plus défavorisées, déstabilisation des classes moyennes. La société en sablier de Lipietz s'accélère. Selon l'économiste Camille Landier, sur la période 1998-2005, le revenu moyen déclaré par les Français stagne quasiment, passant de 23 205 à 24 574 euros. 5,9 % de mieux en huit ans, soit… 0,82 % par an en moyenne. Cette moyenne très faible cache cependant de grandes disparités : le dix-millième des Français les plus riches (3 500 foyers) a vu sa fortune augmenter de 5,2 %… chaque année, soit au final 42,6 % de mieux.
Avec Sarkozy, c'est le pouvoir à la ploutocratie et au patronat le plus improductif, vivant de la rente, les banques, la distribution, la gestion des services de biens publics (financés puis privatisés par l'État). C'est le règne de l'argent visible (Fouquet, yacht, vacances dans les îles...) et le mépris des arts, des savoirs, de l'intelligence (voir le discours du 22 janvier sur l'innovation et les savoirs de Sarkozy qui a déclenché la fronde actuelle des universitaires et des chercheurs).
A l'instar du front syndical, il faut construire ce front politique qui n'est pas un front électoral, surtout quand nous savons que les politiques traditionnelles de relance sont inefficaces. Nous devons ne pas avoir peur de nos analyses et aller à la confrontation car nous sommes actuellement totalement inaudibles. Que veulent et peuvent les écologistes ?
Europe Écologie est une opportunité mais cela peut être aussi une impasse si Les Verts apparaissent insensibles au vécu des gens qui se dégradent. Ce rassemblement, symbolisé par l'alliance de Dany et de José, de l’écologie politique avec l’écologie associative, les altermondialstes et les régionalistes peut ouvrir les bases d'un dépassement des cadres habituels pour trouver des solutions nouvelles.
Il y a des portes qui s'ouvrent comme le très beau texte des neuf intellectuels antillais.
L'isolement est une impasse. A nous d'avoir confiance en nous et de ne pas avoir peur de se confronter à l'ensemble de la gauche. Lors des précédents collèges exécutifs, nous avions tenté de le faire malgré toutes les pesanteurs de la gauche. Dans la situation crise que nous vivons, nous ne devons pas rompre pas avec la stratégie passée.
''Danielle Auroi, Francine Bavay, Michel Bock, Andrée Buchmann, Patrick, Farbiaz, Jérôme Gleizes, Gérard Peurière, anciens membres du Collège exécutif des Verts entre 2004 et 2008''

Commentaires
Aucun commentaire pour le moment.
Ajouter un commentaire
Les commentaires pour ce billet sont fermés.